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Un billard miniature s'imprime presque entièrement chez soi : le cadre, les pieds, le triangle… Tout, ou presque, sauf les billes. Voici pourquoi, et comment le diamètre des poches commande tout le reste.
Un client nous a écrit ce printemps pour une raison que nous n'avions jamais entendue : il fabriquait un billard, et il lui manquait les billes. Pas un vrai billard, un billard de bureau, imprimé chez lui en trois dimensions à partir d'un plan trouvé en ligne. Le cadre, les pieds, le triangle : tout sortait de sa machine. Tout, sauf une chose. Nous avons trouvé cette exception si parlante que nous en avons fait un article.
Un billard qui tient sur un bureau

Le billard tel qu'Alexandre nous l'a photographié. Pour sa version finale, il a retenu des billes de verre de 14 mm et remplacé les queues imprimées par des baguettes chinoises.
Alexandre n'a pas dessiné lui-même le billard sur son ordinateur. Il est parti d'un modèle déjà conçu et partagé sur MakerWorld (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), une plateforme où des créateurs mettent à disposition des fichiers destinés à être fabriqués avec une imprimante 3D. Le modèle qu'il a choisi, intitulé Mini Tabletop Pool Table, a été créé par un utilisateur nommé fifindr.
Le principe devient alors assez simple : on télécharge le fichier numérique du modèle, on l'envoie à son imprimante 3D, et la machine fabrique les différentes pièces couche après couche. Pas besoin, donc, de savoir dessiner soi-même tout l'objet en trois dimensions pour se lancer : quelqu'un peut avoir conçu le modèle avant vous et décidé de le partager.
Ce que l'on découvre en le faisant, c'est que la taille de la table n'est pas seulement décidée par le dessinateur. Elle est aussi décidée par la machine. Notre client a agrandi son second modèle jusqu'à trente centimètres sur dix-huit, et il donne lui-même le motif : c'est la taille maximale que son plateau d'impression accepte. Pas un millimètre de plus.
Le reste se construit par essais successifs. Sur son premier modèle, Alexandre avait utilisé un morceau de microfibre en guise de tapis. Pour la seconde version, il l'a remplacé par quelque chose d'encore plus inattendu : un tapis de souris bleu bon marché, découpé et adapté à la table. Quant aux queues de billard imprimées, elles ne lui donnaient pas satisfaction ; des baguettes chinoises se sont révélées plus convaincantes.
Le premier modèle qu'il avait essayé était par ailleurs difficile à jouer, de son propre aveu. C'est en cherchant pourquoi qu'on arrive au cœur du sujet.
La pièce que l'impression ne sait pas faire
Une imprimante trois dimensions travaille par couches. Elle dépose un filament fondu, une strate après l'autre, et l'objet se construit en montant. Pour un cadre, un pied ou un triangle, le procédé fonctionne particulièrement bien : les formes sont construites couche après couche et peuvent être reproduites directement à partir du fichier numérique.
Pour une sphère, c'est une autre affaire. Une bille imprimée est un empilement de disques de diamètres différents. De loin elle est ronde ; sous le doigt, elle peut rester légèrement facettée et porter les traces du dépôt successif des couches. Pour un jeu dans lequel la qualité du déplacement dépend directement de la régularité de la sphère, ces petites différences comptent beaucoup.
Une bille de verre, elle, est obtenue par un procédé tout différent, qui permet d'approcher beaucoup mieux la forme sphérique nécessaire au jeu. Voilà pourquoi, dans cet objet que l'on peut presque entièrement fabriquer chez soi, la bille reste finalement la pièce qu'Alexandre est venu chercher chez nous.
Dix-huit millimètres, et tout le reste se décide
Vient alors la question que personne n'anticipe forcément : quel calibre ?
Dans un billard, la bille doit pouvoir entrer dans la poche sans que l'écart entre le diamètre de la bille et celui du trou rende le jeu trop facile ou, à l'inverse, pratiquement impossible. Quelques millimètres suffisent donc à changer le comportement de l'ensemble.
Alexandre a fait le trajet complet en quelques jours. Premier essai en 8 millimètres, sur le petit modèle. Puis la table grandit, et les trous du nouveau plan font 18 millimètres. Il repasse commande en 14 et en 16 millimètres, afin de tester les deux calibres.
Et l'essai a donné son verdict : ce sont finalement les billes de 14 millimètres qu'il a retenues pour la version définitive de son billard. Il a même dû réimprimer le triangle afin de l'adapter à leur taille.
Regardez bien ce qui vient de se passer. Alexandre n'a pas simplement choisi une bille qui lui plaisait : il a changé de table, la géométrie de la table a imposé une nouvelle recherche de calibre, puis l'essai réel a tranché. Deux millimètres d'écart entre 14 et 16 peuvent sembler insignifiants lorsqu'on regarde une règle ; à l'échelle d'un billard de trente centimètres, ils ne le sont plus du tout.
C'est exactement pour ces situations que nous vendons toutes nos billes à l'unité. Commander quelques billes de 14 et quelques billes de 16 pour trancher, cela n'a rien d'un caprice : c'est une façon très concrète de régler un jeu que l'on vient de fabriquer. Sur la façon de mesurer et de décrire ce que l'on a en main, nous avons écrit un article entier : observer et décrire une bille (à paraître le 20 octobre).

Ce que le verre apporte à un objet imprimé
Le premier modèle, lui, se jouait avec de petites billes d'acier. On les voit sur la photographie qu'Alexandre nous a envoyée, rangées dans le triangle. C'est un choix qui se défend : c'est rond, c'est lourd, cela roule.
Mais mettez les deux côte à côte sur une table imprimée, et la différence saute aux yeux. Une table imprimée est souvent dominée par la couleur du filament utilisé. L'acier reste gris. Le verre coloré, lui, répond. Il attrape la lumière, pose plusieurs points de couleur sur une surface uniforme et transforme aussi l'aspect visuel de l'objet.
Il y a également la possibilité de composer soi-même son jeu. Sur un billard du commerce, les billes sont imposées. Sur celui-là, non : couleur, motif et calibre peuvent entrer dans les choix de celui qui le fabrique. Nous avons parlé de cette liberté à propos d'autres supports dans jouer sur une planche ou sur un plateau (à paraître le 7 octobre).
Ce que les makers nous apprennent
Nous n'avions pas prévu cette conversation. Quand ce message est arrivé, nous préparions simplement une commande.
On appelle « makers » ceux qui aiment concevoir, fabriquer ou modifier eux-mêmes des objets, souvent à l'aide d'outils numériques comme l'impression trois dimensions. C'est une manière de nommer une façon de faire, pas une étiquette que nous posons sur quelqu'un.
Et le billard miniature n'est qu'un exemple. Alexandre nous l'a d'ailleurs fait remarquer : sur les plateformes de modèles à imprimer, quelques recherches autour des mots « jeux de billes » ou « piste à billes » suffisent à faire apparaître quantité de circuits, parcours, mécanismes et jeux imaginés autour d'une petite sphère. Voilà tout un territoire auquel nous ne pensions pas lorsque sa première commande est arrivée.
Et c'est souvent ainsi que cela se passe : ce sont les personnes qui utilisent nos billes qui font apparaître les besoins auxquels nous n'aurions pas pensé seules. Des billes triées par calibre exact pour un plan précis, par exemple. Ou l'idée qu'un objet fabriqué à la maison puisse avoir besoin d'une pièce que la maison ne sait pas fabriquer aussi simplement que le reste.
Alors il faut le dire simplement : merci, Alexandre. Merci d'avoir pris le temps de nous raconter votre réalisation, de nous envoyer vos photographies, et surtout de nous avoir expliqué ce que vous cherchiez à fabriquer, les essais que vous aviez faits et la façon dont vous employiez nos billes. Nous sommes ravies que vous l'ayez fait. Cette conversation nous a fait découvrir un usage auquel nous n'aurions probablement jamais pensé seules, et c'est exactement la relation que nous souhaitons avoir avec les personnes qui achètent nos billes : plus nous comprenons ce que vous en faites réellement, mieux nous pouvons comprendre vos besoins, vous conseiller et vous accompagner. Vous nous avez appris quelque chose, et cet article ne fait que le transmettre à ceux qui liront après vous.
Nous regardons cela avec beaucoup de curiosité, sans rien promettre : il y a loin d'une bonne idée à une gamme. Mais l'idée est là, et elle vient d'un bureau où une imprimante est restée allumée.
À votre tour
Une méthode simple, si vous vous lancez dans un plan de jeu à billes, imprimé ou non.
Mesurez le trou avant de choisir la bille. Prenez une chute de carton, tracez le diamètre exact de vos poches, découpez-le proprement. C'est votre gabarit.
Ensuite, un ordre de grandeur, et nous le donnons pour ce qu'il est : une indication tirée du seul cas que nous ayons mesuré, pas une règle générale. Sur des poches de 18 millimètres, Alexandre a essayé les calibres 14 et 16 millimètres. Pour son modèle, le 14 millimètres a finalement été retenu. Prenez donc cette expérience comme un point de départ à éprouver chez vous : la forme et la profondeur des poches, la matière du tapis et la construction du modèle peuvent modifier le résultat.
Et gardez deux billes de rechange. Sur une table de trente centimètres, une bille qui part au sol sait très bien se faire oublier sous un meuble.
Vous avez fabriqué un jeu qui réclame des billes, imprimé, découpé, bricolé ou récupéré ? Racontez-nous en commentaire, avec le diamètre de vos trous : c'est le genre de détail qui rend service à la personne qui lira après vous.
L'œil MesBilles
Ce qui nous a arrêtés, dans cette histoire, c'est le renversement. Une machine capable de produire presque toutes les pièces d'un billard miniature rencontre ses limites devant la plus petite : pour jouer correctement, une bille doit être suffisamment régulière pour que quelques dixièmes ou quelques millimètres ne viennent pas changer son comportement. Nos billes sont proposées calibre par calibre, une par une, et dans le cas d'Alexandre, c'est finalement le 14 millimètres qui a trouvé sa place.
Crédits visuels : photographies du billard et de son impression transmises par Alexandre à MesBilles. Modèle de billard 3D utilisé par Alexandre : Mini Tabletop Pool Table, créé par fifindr et partagé sur MakerWorld. Photographie de billes : MesBilles, billes du catalogue, vendues à l'unité.