🔗 Partager cet article :
🔗 Partager cet article :
Aktie

Pendant plus d'un siècle, l'école française a compté avec des billes. Trois textes, publiés à presque cent ans d'intervalle, donnent le même objet à manipuler aux élèves. La bille, elle, tient sa place sans bouger. Ce qui change au fil des pages se trouve tout autour d'elle.
En 1904, une revue destinée aux instituteurs publie une leçon d'arithmétique où un enfant range ses billes en tas égaux. En 1976, deux chercheurs choisissent le même support pour étudier la façon dont les enfants raisonnent. En 2001, un troisième demande à des professeurs de bâtir deux leçons entières autour de lui. Nous avons suivi cet objet d'un texte à l'autre, et regardé ce qui se déplace autour de lui.
1904 : ranger ses billes en tas égaux
Le Manuel général de l'instruction primaire est une revue professionnelle qui s'adresse aux instituteurs. Dans sa livraison de 1904, la rubrique Arithmétique de la « Partie scolaire », signée E. Legay, propose une leçon de « problèmes spéciaux » (Manuel général, 1904 ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)). L'énoncé vient d'un véritable certificat d'études du Pas-de-Calais. Autrement dit, avant d'arriver dans cette revue destinée aux instituteurs, ce problème de billes avait déjà été posé à des élèves.
Un détail mérite qu'on s'y attarde. L'exercice ne s'arrête pas au résultat. Il demande également à l'élève de juger la méthode employée par son camarade. L'enfant y calcule, et il y lit aussi une démarche.

1976 : un seul contenu, le jeu de billes
Soixante-douze ans plus tard, la Revue française de pédagogie publie « Structures additives et complexité psychogénétique », de Catherine Durand et Gérard Vergnaud. Les auteurs y écrivent qu'ils s'en tiennent, pour simplifier, « à un seul contenu, le jeu de billes » (Durand et Vergnaud, 1976 ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)). Pourquoi garder les billes d'un problème à l'autre ? Justement pour ne changer qu'une chose à la fois. Le décor reste familier ; ce sont les raisonnements demandés aux enfants qui varient.
Autre détail qui saute aujourd'hui aux yeux : les neuf problèmes sont repérés par neuf prénoms, et les auteurs précisent eux-mêmes qu'il s'agit des « prénoms (de garçons) ». En 2001, lorsqu'un autre chercheur reprend à son tour le jeu de billes comme support, l'un des énoncés commence cette fois par un prénom : Élodie.
2001 : la même thématique, deux leçons entières
En 2001, toujours dans la Revue française de pédagogie, un troisième chercheur, Sarrazy, demande à des professeurs de conduire deux leçons entières sur des problèmes qui « évoquent tous la même thématique (le jeu de billes) » (Sarrazy, 2001 ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)). L'objet n'a pas bougé. Ce qu'on bâtit autour, si : on ne prend plus un exercice isolé, on construit une séquence entière.
Presque un siècle après l'exercice de 1904, personne n'a encore besoin d'expliquer ce qu'est une bille. On change la façon d'enseigner, la façon d'observer les élèves et même les questions que l'on pose aux professeurs. Mais pour commencer un problème, quelques billes dans une poche font toujours très bien l'affaire.
Ce qui change autour de l'objet
Mettons les trois textes côte à côte. La bille y tient le même rôle : un objet qu'on possède, qu'on gagne et qu'on compte, assez familier pour que personne n'ait à l'expliquer aux enfants. C'est précisément cette familiarité qui en fait un support commode pour un énoncé.
Le reste se déplace. En 1904, le problème vient d'un examen et demande à l'élève de juger une méthode. En 1976, il devient l'instrument d'une recherche sur le raisonnement. En 2001, il structure une séquence entière.
Trois textes ne permettent évidemment pas de raconter à eux seuls un siècle d'école française. Mais leur rapprochement raconte déjà quelque chose : de 1904 à 2001, alors que les méthodes et les questions changent, la bille reste suffisamment familière aux enfants pour que l'école continue de compter avec elle.
À croire que certaines petites choses traversent très bien les grands changements.
Et dans vos cahiers, la bille était-elle là ? Si un énoncé vous revient, racontez-le nous en bas de page.
Pour aller plus loin
- La leçon d'arithmétique de 1904, dans le Manuel général de l'instruction primaire ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), la revue telle que la lisaient les instituteurs
- Durand et Vergnaud, « Structures additives et complexité psychogénétique », 1976 ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), pourquoi les chercheurs s'en tiennent à un seul support
- Sarrazy, Revue française de pédagogie n° 136, 2001 ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre), deux leçons bâties sur une même thématique
Chez MesBilles
- Le retour des billes dans les cours de récréation, la même cour, un siècle plus tard
- Un parcours de bille en liège à l'école, quand la bille sert encore de matériel de classe
- Toute la Gazette de MesBilles, notre blog éditorial événementiel
Sources
- Manuel général de l'instruction primaire, « Partie scolaire », rubrique Arithmétique, E. Legay, année 1904, tome 71, n° 40, pages 593 à 608, relevée le 30 août 2026 : education.persee.fr ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- Catherine Durand et Gérard Vergnaud, « Structures additives et complexité psychogénétique », Revue française de pédagogie, n° 36, 1976, pages 28 à 43, relevée le 30 août 2026 : education.persee.fr ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- Sarrazy, Revue française de pédagogie, n° 136, 2001, relevée le 30 août 2026 : education.persee.fr ↗ (s'ouvre dans une nouvelle fenêtre)

L'œil MesBilles
Chez MesBilles, les billes s'achètent à l'unité. Comme autrefois dans les problèmes d'arithmétique : une bille, puis deux, puis trois… mais aujourd'hui, c'est vous qui faites le compte.
Voir les billes rondes de 16 mm, celles de la cour de récréation →
Crédits visuels : photo MesBilles, billes du catalogue, vendues à l'unité.